Ce texte est la traduction de la conférence Are We Living in Apocalyptic Times?,  donnée en 2005 à la basilique Saint-Patrick à Ottawa, par Michael O’Brien, écrivain connu comme essayiste (thèmes : foi et culture), et peintre. Agnostique, avec une orientation athéiste, à 21 ans il se convertit au catholicisme. Peu de temps après, il se lance dans le dessin et la peinture de sujets religieux, avec des expositions qui connurent un certain succès. Sa carrière d’écrivain (ne cachant jamais la foi qui l’anime), commence à 46 ans.

[Note : un clic sur une ligne bleue soulignée (lien hypertexte) donne une information complémentaire]

Autodidacte, sans aucun passé académique, les ouvrages de Michael David O’Brien ont été traduits dans de nombreuses langues. Il est notamment connu pour sa série de six romans « apocalyptiques« , réunis sous le titre de Children of the Last Days (Enfants des derniers jours). Le premier roman de ce best-seller a pour titre Father Elijah: An Apocalypse (Ignatius Press, 1996), en français Père Elijah: Une Apocalypse (éditions Salvator, 2008). Les autres titres de son œuvre littéraire sont fournis dans Wikipedia.

Clemens Cavallin, membre (enseignement et recherche) du Department of Literature, History of Ideas and Religion (University of Gothenburg, Suède) a publié sa biographie sous le simple titre « Michael D. O’Brien« . Une recension de cette biographie est ainsi résumée sur le site de l’Abbaye du Barroux:

« Michael D. O’Brien, né en 1948, est considéré comme l’un des plus grands romanciers catholiques encore vivants. Comme celles des maîtres qui l’ont inspiré (Soljenitsyne, Dostoïevski, Tolkien, Chesterton…), ses œuvres, qui révèlent une culture impressionnante, tentent de saisir la condition humaine dans toutes ses dimensions, notamment spirituelle, en l’inscrivant dans une perspective eschatologique.

Par l’intermédiaire de l’art sacré et de la création littéraire, que ce soit d’abord la peinture d’icônes dont il fait pas à pas l’apprentissage, puis l’écriture de romans, O’Brien n’a de cesse d’ouvrir les yeux de ses contemporains. Cela ne va pas sans de nombreux coups du sort, doutes et hésitations sur sa foi. Il a constamment le sentiment d’être tiraillé entre les exigences spirituelles de sa vocation et les nécessités matérielles impérieuses de subvenir aux besoins de sa nombreuse famille.
Au-delà de ces combats intérieurs, qui rendent le personnage attachant et dévoilent par ailleurs un irrésistible sens de l’humour, le livre brosse un tableau sans concession de l’évolution du catholicisme en Occident depuis les années 1960. Acteur engagé dans tous les grands débats qui traversent l’Église,
O’Brien apparaît comme un authentique prophète de son temps. »

Trois présentations de l’auteur et de son œuvre, et deux interviews.

L’exceptionnelle personnalité de cet écrivain / peintre se précise progressivement à travers les articles de deux quotidiens (La Croix, et Le Figaro), l’interview qu’il a accordé au site « ignatiusinsight » (2006), et le plus récent (à Libros Libres, Barcelone, 2015), où son message spirituel est encore plus explicite. Ces documents permettent de mieux comprendre la « substance » de son approche des « textes eschatologiques » de la Bible. Dans ce sens, ils constituent une préparation à la lecture du texte de la conférence à Ottawa (2005).

– (a)    Sous le titre  «  Michael O’Brien, artiste et prophète « , après un court préambule sur sa vision de l’homme, en perpétuelle recherche du sens de la vie et de Dieu, La Croix  (rubrique « Religion« , 26-01-2019) a publié une intéressante présentation de l’auteur via les quelques extraits qui suivent :

[…] Sa recherche de Dieu, son approche eschatologique de la vie et du monde, « le combat décisif entre le bien et le mal », qui se joue à différentes échelles, personnelle et collective, tout cela transparaît dans ses ouvrages. […] L’appel à s’engager dans la voie de l’art sacré est de plus en plus pressant. Il sera peintre, et mettra son art au service de la foi, grâce aux encouragements de son épouse, qui l’invite à « unifier » sa personne : le croyant et l’artiste. Dès ses débuts, le couple n’aura de cesse de vivre la radicalité d’une vie sobre et dépouillée …, parfois à l’extrême, au gré de déménagements et de conditions de vie parfois rudes, notamment dans le grand Nord canadien. À mesure qu’arrivent les enfants – ils en auront 6 –, ce dénuement, lié aux revenus de l’artiste, chrétien de surcroît, fait douter Michael. Plus d’une fois, c’est la providence qui nourrira sa famille, par le biais de voisins, ou des restes d’un monastère de clarisses situé non loin de leur domicile. « Je m’interrogeais perpétuellement sur le bien-fondé de notre démarche, j’alternais entre courage et désespoir », confie aujourd’hui Michael O’Brien. Au cœur de ses questionnements intérieurs, et avec le soutien indéfectible de sa femme, le peintre et père voit se « frayer la main de Dieu »

[…] Allant puiser jusque dans les profondeurs de l’âme humaine, Michael O’Brien confie qu’il se fonde certes sur son expérience personnelle, mais que son inspiration se trouve surtout dans sa « prière constante » lors de l’écriture. Rejetant avec vigueur le « culte de l’artiste comme génie autonome », Michael O’Brien revendique « l’inspiration divine ». Pour ses romans, « le travail et la grâce sont à l’œuvre ensemble ». « L’artiste chrétien vit dans un univers bien plus grand que le ghetto de l’ego », insiste-il, avec une emphase toute nord-américaine mais sans complaisance.

Il se dit préoccupé par la « condition spirituelle de l’Occident » et estime que le rôle de l’Église catholique est de continuer à porter, « sans compromission », le message du Christ. Attaché à l’Église, il ne craint pourtant pas d’en pointer les limites. (…) [Certains] événements lui ont fait prendre conscience des péchés de l’institution même s’il continue à la considérer, avec ses zones d’ombre, comme indispensable.

« Nous n’avons pas compris que la destruction de la civilisation chrétienne allait détruire la civilisation en elle-même »» (…)

Ainsi, pour l’artiste, l’Occident, en rejetant son héritage chrétien, s’est déjà vu confronté aux « totalitarismes » du XXe siècle, et pourrait à nouveau tomber dans ce piège, mais de façon plus « pernicieuse ». C’est d’ailleurs l’une des grandes idées que l’on retrouve dans ses romans. Pessimiste ? « Non, je dirais d’un réalisme extrême, mais pas dénué d’espoir. »

Un écrivain, J.R.R. Tolkien, l’a particulièrement inspiré:

« Ma vie a été profondément marquée par Le Seigneur des Anneaux, la trilogie de J.R.R. Tolkien. Je l’ai lue plusieurs fois, et je l’ai également lue à voix haute à mes enfants. Son œuvre me touche non seulement car c’est une métaphore épique de la grande guerre entre le bien et le mal, et qui va durer jusqu’à la fin des temps. J’aime aussi ses livres car Tolkien y présente un vaste panorama des personnalités humaines. Et les différentes façons par lesquelles ses personnages de fiction répondent à la menace du mal radical. »

Deux peintres, Marc Chagall et Georges Rouault, l’ont séduit:

« J’aime les tableaux de ces deux peintres, qui ont su unir foi et créativité d’une si belle façon, chacun avec son style bien spécifique. Cette union, lorsqu’elle est réussie, est quelque chose de phénoménal. C’est ce que je recherche aussi dans mon art, que ce soit par la peinture ou par l’écriture. »

– (b)           Le Figaro (Culture) du 15/11/2012  présente son livre Theophilos (Éditions Salvator, 2012) comme une critique du totalitarisme occidental, ceci avec le souffle d’un Soljenitsyne. En mettant en valeur d’autres aspects de sa vie, ce quotidien fait cette critique sous le titre « Michael D. O’Brien, un prophète venu du Canada » (par Astrid De Larminat):

Michael D. O’Brien fait partie de ces écrivains devenus rares qui, dans leurs romans, embrassent le tout de la condition humaine, en la situant dans le feu de la grande histoire, mais aussi dans la perspective des fins éternelles. Si cet homme d’une soixantaine d’années, qui vit dans un coin reculé du Canada, une région de lacs et de forêts au sud-est de l’Ontario, n’a pas encore la large notoriété qu’il mérite, c’est sans doute parce qu’il est un écrivain catholique. On aimerait ne pas le dire parce qu’il déborde les étiquettes, comme ses maîtres, Dostoïevski, Soljenitsyne, Tolkien, G.K. Chesterton, Léon Bloy. Mais il ne peut ni, ne veut, cacher la foi qui l’anime. Cela ne lui a pas facilité la vie dans son pays ultra-sécularisé. […] Lorsqu’il était jeune, il était agnostique, voire athée, et fier de l’être. Convaincu d’être devenu un homme libre en se débarrassant de la religion, il lisait Sartre et Camus. C’était la fin des années 1960. Sa conversion, à l’âge de 21 ans, le prit par surprise. Il retourna à l’église, recommença à prier. «Avec Dieu, je découvrais une lumière, la liberté, le vrai amour.» […] Cet autodidacte lit Jacques Maritain et Étienne Gilson. Puis Thomas d’Aquin, Platon. O’Brien est un homme de foi et de raison. On dirait que sa foi éclaire sa raison, et vice-versa. […]

A propos de son activité de peintre, le texte du Figaro dit:

[…] Aussitôt que Michael D. O’Brien commence à s’inspirer de thèmes bibliques, les portes des galeries se ferment. «Ma femme est extraordinaire. Elle ne s’est jamais plainte, confie-t-il. Pourtant nous avons vécu avec nos six enfants dans une totale insécurité économique, au plus bas de l’échelle sociale de notre pays. On élevait nos poules, on mangeait les légumes du jardin, on ne partait pas en vacances.» Ses enfants en ont-ils souffert? «Nous avons connu des moments très durs. Mais, aujourd’hui, ils nous remercient

Tous ses romans sont nourris d’une culture époustouflante venant d’un homme qui n’a fréquenté aucune université. Admirateur de l’œuvre de Tolkien, il explique:

«Dans la grande guerre entre le bien et le mal, le combat ne peut être seulement politique ou social, si on ne le voit que comme cela, on le perdra. C’est une guerre spirituelle qui se déroule, dans l’invisible. La politique ne peut pas nous sauver

En fait, O’Brien n’avait jamais imaginé qu’il deviendrait écrivain. L’inspiration lui vint suite à une expérience mystique: en 1994, âgé de 46 ans, complètement découragé par les problèmes matériels et par l’état de désolation de la société canadienne, il tomba à genoux devant le tabernacle et se mit à pleurer. «J’avais l’impression d’être fini. Je me plaignais à Dieu». Aussitôt, se souvient-il, il sentit une Présence et entendit ces mots: «Dans ce lieu de désolation, je donnerai des fruits.» O’Brien se secoua, persuadé que cette voix venait de son inconscient. Mais non, la voix insista. Toute l’histoire de Père Elijah défila alors dans son esprit pendant une heure…

O’Brien désarme les préjugés. Il n’est pas un catholique excité, revendicatif, sur la défensive, ou moralisateur. Son visage est comme évidé par les combats. Il est empreint de gravité et de douceur, d’une force intérieure paisible qui ne s’impose pas, mais invite au dialogue. Certainement pas fanatique, peut-être prophétique, voilà en tout cas un écrivain dont les romans rendent intelligent, font appel au meilleur de soi et invitent à voir plus loin que le bout de son nez.

 – (c)     L’interview accordée au site ignatiusinsight se situe à l’approche du 6 juin 2006 (06.06.06), et est intitulée « 06.06.06. Is the End At Hand? » (06.06.06. La fin est-elle proche?). Ici O’Brien répond à différentes questions liées au symbolisme de la Bête de l’Apocalypse: le chiffre (666). Par rapport aux articles de La Croix et du Figaro, le thème central est celui d’une réponse à la question « Vivons-nous des temps apocalyptiques ?« , titre de la conférence (cf.le pdf ci-dessous) à la basilique Saint-Patrick à Ottawa (Canada). Cette interview est précédée de ce texte liminaire:

Le nombre « 666 » est considéré par certains interprètes de l’Apocalypse (le dernier livre du Nouveau Testament) comme étant la Marque de la Bête et le signe de l’Antéchrist, qui paraitra dans les années de la fin du monde pour livrer bataille contre Dieu et le peuple de Dieu. Ne laissant pas passer une telle opportunité, les producteurs d’un remake de Le Présage – intitulé The Omen 666 – sortent le film le 6 juin 2006 (06.06.06). Et tandis que l’histoire fictive d’un enfant (né pour être l’Antéchrist ) sort dans les salles de cinéma, The Rapture, le dernier livre de la série fondamentaliste Left Behind (cf. aussi) de Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins, devrait sortir en librairie le même jour.

Après cette introduction, O’Brien répond à des questions liées au symbolisme du chiffre (666) (la Bête de l’Apocalypse).

IgnatiusInsight.com: Qui est l’Antichrist? Est-ce une personne réelle?

Michael O’Brien : À ce stade de l’histoire, nous ne savons pas qui est, spécifiquement, l’Antéchrist /Antichrist. Il y a beaucoup de gens sur la scène mondiale qui promeuvent les idées de l’Antéchrist et l’esprit de l’Antéchrist. Nous savons qu’à un moment donné de l’histoire, cet esprit de l’Antéchrist se manifestera dans une personne réelle qui sera totalement sous l’influence de Satan. L’Écriture l’appelle l’Homme du péché, alternativement le Fils de la perdition et la Bête. Qui, en fait, cela s’avérera être, nous ne le savons pas encore. Mais nous devons clairement comprendre qu’il sera une figure mondiale, pas seulement un esprit. Cet esprit de l’Antéchrist a été avec nous depuis le début de l’Église, faisant la guerre à l’Église, mais quand il s’incarnera dans la personne de l’Antéchrist, il fera alors une guerre totale. Saint Paul dit qu’il arrivera au pouvoir par « des mensonges et des flatteries« . En d’autres termes, pour tromper l’esprit des hommes.

IgnatiusInsight.com : C’est donc un véritable enseignement de l’Église catholique ? L’Église catholique croit-Elle qu’il y a une vraie personne de l’Antéchrist qui apparaîtra à un moment donné de l’histoire ?

O’Brien : Absolument oui. C’est dans l’Écriture et dans les enseignements de l’Église. (Voir Catéchisme de l’Église catholique, § 675)

IgnatiusInsight.com : Pensez-vous que cette apparition de l’Antéchrist est quelque chose qui pourrait arriver de notre vivant?

O’Brien : Cela semble devenir de plus en plus probable. L’opinion mondiale dominante, la conscience de l’homme moderne, sont devenues tellement conditionnées par la nouvelle culture médiatique, qu’elles injectent continuellement dans la conscience de l’homme moderne des valeurs morales et des idées en complète opposition avec les enseignements du Christ et de l’Église. Cet esprit de l’Antéchrist grandit et se répand dans le monde entier. Et les partisans du Nouvel Ordre Mondial reconnaissent – ​​vous pouvez le lire dans leurs écrits et interviews – que l’Église catholique est la seule pierre d’achoppement majeure à leur programme. Seule l’Église, le Corps du Christ dans le monde, se dresse comme un rempart contre l’émergence de ce Nouvel Ordre Mondial, qui incarne nombre des idées de l’Antéchrist. Mais je dois dire que ceci n’est pas seulement anti-Christ, c’est anti-humain, c’est « anti-personne« . Il est collectiviste et totalitaire, même s’il parle sans cesse de la beauté de la démocratie.

IgnatiusInsight.com : Y a-t-il des éléments apocalyptiques propres à l’ère moderne ?

O’Brien : Je crois qu’il y a des éléments apocalyptiques sans précédent dans l’ère moderne, dont deux essentiels qui doivent retenir notre attention. Le premier est cette émergence d’un nouvel ordre mondial qui montre continuellement une volonté de passer outre la conscience individuelle sur les questions morales et également de passer outre la conscience des nations souveraines. Par exemple, l’Union européenne s’est montrée tout à fait disposée à menacer et à refuser les prestations attribuées aux États membres qui refusent de fournir des structures d’avortement, généralement des pays catholiques (par exemple la Slovaquie et la Pologne). Elle menace également d’empêcher l’entrée dans l’Union européenne de petites nations qui n’acceptent pas la morale redéfinie par l’Union européenne. L’Organisation des Nations Unies promeut activement le contrôle des population et utilise la méthode du bâton et de la carotte pour obliger les nations réticentes à s’adapter – la carotte étant l’aide financière. Ceci est une grave atteinte à la démocratie telle que nous la connaissons. C’est aussi une grave violation de l’inviolabilité de la conscience personnelle et de la conscience des nations.

À un niveau plus populaire, les innombrables mouvements – tels que le mouvement féministe, le mouvement pro-avortement, les défenseurs du mariage homosexuel – tous posent la liberté comme un absolu mais la déconnectent de la responsabilité. Je suis libre de tuer mon enfant dans l’utérus. Je suis libre de cohabiter avec une personne de mon sexe et je vous forcerai, vous nations, et je vous forcerai, vous les chrétiens qui s’y opposent, à l’appeler « mariage ». Dans ces phénomènes et d’autres similaires, nous assistons à une nouvelle sorte de violation de la conscience dans les démocraties des nations autrefois chrétiennes. Les nations qui conservent des vestiges des principes fondamentaux de leur héritage judéo-chrétien sont punies lorsqu’elles résistent au Nouvel Ordre Mondial. Elles doivent payer le prix fort pour conserver leur autonomie morale. Le Pape Benoît XVI appelle ceci la « dictature du relativisme moral« , et je dirais qu’elle est devenue pratiquement universelle dans le monde contemporain et qu’elle grandit en puissance.

IgnatiusInsight.com : Les films et les livres tels que The Omen 666 et les romans Left Behind reflètent-ils une conscience, ou un sentiment, dans la culture des fondamentalistes religieux et des laïcs, que quelque chose se prépare dans notre culture ?

O’Brien : Quelle que soit la motivation des cinéastes et des éditeurs – qui est probablement de l’argent – peu importe, je pense qu’ils puisent dans une réalité de l’ère moderne. La plupart des gens sont conscients d’un changement radical dans la nature de la vie moderne qui est fondamentalement différent de toutes les sociétés traditionnelles. Bon, mauvais et laid, jusqu’à présent, toutes les sociétés protégeaient la famille, la plupart des sociétés reconnaissaient que tuer ses enfants était un mal, toutes les sociétés reconnaissaient que les relations homosexuelles étaient désordonnées d’une manière ou d’une autre. Qu’ils aient, ou non, mal géré cela, ils ont reconnu qu’il s’agissait d’un problème grave et que cela avait des suites  sociales négatives. Les nations anciennement chrétiennes de l’Occident démocratique perdent leur démocratie alors même qu’elles multiplient leur rhétorique sur la démocratie.

Les gens se rendent compte qu’ils sont contraints à des choix contre nature et mauvais. Nous vivons maintenant dans une économie à double revenu avec deux enfants ou moins. Nous vivons dans une pyramide de péché de haut en bas dans cette société. Je pense que la plupart des gens, même quand ils pensent que c’est une bonne chose, au fond de leur âme, ils reconnaissent que quelque chose ne va vraiment pas là-dedans.

Ces tensions dans le monde moderne sont d’une ampleur et d’une puissance sans précédent. Ajoutez à cela le fait que le caractère du siècle précédent a été un énorme choc pour l’humanité. On estime maintenant que plus de 170 millions de personnes ont été assassinées par leurs gouvernements au 20e siècle. Ces gouvernements allaient du marxiste au fasciste, en passant par diverses formes d’utopisme. Ce chiffre n’inclut pas le nombre de vies tuées injustement par l’avortement et l’euthanasie. Le pouvoir de la mort et la peur de la mort ont augmenté à un rythme extraordinaire en très peu de temps, en un peu plus d’une génération. Au moins au niveau intuitif, la plupart des gens se rendent compte qu’il y a quelque chose qui ne va vraiment pas et que quelque chose doit changer, mais presque personne ne sait comment changer.

En tant que chrétiens, nous savons où réside le salut ultime. Pourtant, que l’on soit croyant, ou incroyant, je pense que la plupart des gens sont hantés par le sentiment que nous vivons dans une période étrange, et existentiellement dangereuse de l’histoire. La crainte est accrue par le fait que peu de gens ont l’impression de comprendre ce qui se passe, ou de savoir comment le résoudre. Par conséquent, l’apocalypse commence à fonctionner comme une catharsis. Les gens afflueront vers des films comme The Omen 666, ou End of Days, ou d’autres films de la fin des temps parce qu’ils peuvent vivre une explosion catastrophique indirecte d’un monde dans lequel ils vivent, et le regarder résolu. Bien sûr, c’est une fausse résolution.

IgnatiusInsight.com : Votre roman Father Elijah (Père Elijah) est l’histoire fictive d’un homme élevé pour combattre l’Antéchrist. Quelle a été votre inspiration ?

O’Brien : Mon roman Father Elijah n’essaie pas de prédire l’avenir. C’est un genre de roman très différent de certains scénarios protestants fondamentalistes, ou même laïcs, à caractère apocalyptique. Ce n’est pas de « la divination baptisée« , qui est une contradiction dans les termes. Mon livre tente de soulever, sous une forme fictive, les questions qui doivent être posées à chaque génération. Suis-je éveillé ? Est-ce que je vis dans un esprit de vigilance ? Est-ce que je lis les signes des temps avec un cœur calme, paisible et confiant, et avec un esprit en accord avec l’esprit de l’Église, ou suis-je endormi ? Suis-je vulnérable au mensonge de l’Antéchrist ? Ai-je fait des compromis avec cet esprit ? Et si oui, où ? Est-ce que je prie le Saint-Esprit pour la lumière ? Lumière pour comprendre notre époque et lumière pour comprendre mon rôle?

IgnatiusInsight : Comment en êtes-vous arrivé à écrire exactement Father Elijah (Père Elijah)?

O’Brien : Au début des années 90, élevant une famille nombreuse dans une société anti-vie avec très peu de revenus, j’ai souvent été submergé par un sentiment de découragement. Ma foi était très forte en Christ, mais j’ai vu le pouvoir des forces anti-vie et anti-Christ grandir dans mon pays natal – ce que le pape Benoît XVI a maintenant appelé « la dictature du relativisme moral ». En même temps, j’ai vu un affaiblissement grave de l’Église, particulièrement dans la nation où je vis. L’Église au Canada, ressemble beaucoup à certaines Églises en Europe et en Amérique. Nous perdons la capacité de reconnaître la vérité, de vivre selon la vérité, et de résister au pouvoir du mensonge, et de la mort.

Un jour, j’étais dans mon église paroissiale locale, en train de prier à ce sujet. Je pleurais devant le crucifix et je suppliais le Seigneur au Saint-Sacrement. Le suppliant de nous faire traverser cette période. Je le suppliais de purifier, et de fortifier l’Église dans mon pays. Et dans cet état de profond chagrin et de prière, j’ai été soudainement inondé d’une paix surnaturelle très puissante, pour moi un type de paix sans précédent, et en même temps il m’est venu à l’esprit une histoire à part entière. C’était comme regarder un film dans ma tête. Cela m’a fait sursauter parce que je n’avais pas pensé à écrire un roman.

Je ne me considérais pas comme écrivain. J’étais un peintre chrétien, père de famille et rédacteur en chef du Magazine de la Famille Catholique. Cependant, il est venu une connaissance très forte que Dieu voulait que j’écrive cela. J’étais absolument convaincu qu’il ne pouvait pas être publié. Malgré tout, sur une période de huit mois, je l’ai écrit, puis je l’ai juste mis sur une étagère, et je n’ai pas essayé de le faire publier. Cependant, grâce à un acte étrange de la Providence, des portes se sont ouvertes et on m’a demandé de soumettre le manuscrit. J’ai refusé car je pensais que ce serait une perte de poste. Alors mon éventuel éditeur, Ignatius Press, m’a dit de nous envoyer le manuscrit, nous paierons les frais de port. Quelques mois plus tard, ils m’ont envoyé un contrat et le Père Elijah a été publié dans l’année.

Ce petit acte d’obéissance a porté d’énormes fruits. Je pense que plus de 40 000 exemplaires de ce roman ont été vendus, et il est maintenant traduit en quatre langues.Je me rends compte avec le recul que mon sentiment de découragement faisait partie du mensonge de l’ère moderne, qui peut si facilement infecter les chrétiens avec un sentiment de futilité. Comment résister à ce monolithe qui semble contrôler et dominer tous les aspects de notre vie en cette ère séculaire ? Ce relativisme moral qui aspire la vie du monde moderne ? Eh bien, nous pouvons en effet y résister. La Nouvelle Évangélisation est possible mais elle exigera de chacun de nous une docilité à l’Esprit Saint, et une volonté de tout risquer pour le Christ même lorsque cela apparaît comme une pure folie. Nous devons nous rappeler que l’obscurité ne peut pas dominer la lumière. Christ a gagné.

– (d) L’interview ci-dessus peut être associée à celle plus récente donnée à Libros Libres, Barcelone, en Décembre, 2015, et traduit par Pierre et les loups.

Le thème de la conférence de 2005.

Dans sa conférence de 2005, l’auteur justifie le thème choisi en notant que « si certains reculent devant l’idée de regarder notre époque comme apocalyptique, dans l’histoire récente de grands penseurs et des papes ont pris cette réflexion au sérieux« . En particulier, il fait référence à l’encyclique E Supremi  (1903), où le Pape Saint Pie X dit :

 » […] C’est pourquoi, si l’on Nous demande une devise traduisant le fond même de Notre âme, Nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ.

Voulant donc entreprendre et poursuivre cette grande œuvre, Vénérables Frères, ce qui redouble Notre ardeur, c’est la certitude que vous Nous y serez de vaillants auxiliaires. Si nous en doutions, Nous semblerions vous tenir, et bien à tort, pour mal informés, ou indifférents, en face de la guerre impie qui a été soulevée et qui va se poursuivant presque partout contre Dieu. De nos jours, il n’est que trop vrai, « les nations ont frémi et les peuples ont médité des projets insensés » (Ps. II, 1) contre leur Créateur; et presque commun est devenu ce cri de ses ennemis : « Retirez-vous de nous » (Job XXI, 14). De là, en la plupart, un rejet total de tout respect de Dieu. De là des habitudes de vie, tant privée que publique, où nul compte n’est tenu de sa souveraineté. Bien plus, il n’est effort ni artifice que l’on ne mette en œuvre pour abolir entièrement son souvenir et jusqu’à sa notion.

Qui pèse ces choses a droit de craindre qu’une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement « le fils de perdition » dont parle l’Apôtre (II Thess. II, 3) n’ait déjà fait son avènement parmi nous. Si grande est l’audace et si grande la rage avec lesquelles on se rue partout ã l’attaque de la religion, on bat en brèche les dogmes de la foi, on tend d’un effort obstiné à anéantir tout rapport de l’homme avec la Divinité ! En revanche, et c’est là, au dire du même Apôtre, le caractère propre de l’Antéchrist, l’homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur en s’élevant « au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu. C’est à tel point que, impuissant à éteindre complètement en soi la notion, de Dieu, il secoue cependant le joug de sa majesté, et se dédie à lui-même le monde visible en guise de temple, où il prétend recevoir les adorations de ses semblables. Il siège dans le temple de Dieu, où il se montre comme s’il était Dieu lui-même » (II Thess. II, 2).

Dans son interview à Libros Libres, O’Brien ajoute:

«  Je garde en permanence à l’esprit l’avertissement du Seigneur qui nous demande de « rester éveillés et de veiller en tout temps », un avertissement qui s’applique à toutes les générations. Nous savons qu’il arrivera un moment où une génération en particulier sera mise à l’épreuve d’une manière radicale et absolue, une persécution mondiale de tous ceux qui suivent Jésus. La génération la moins éveillée, qui s’est laissée anesthésier par le péché et l’erreur, droguée par les plaisirs et le mensonge, sera celle-là même sur laquelle fondra l’Antéchrist. Mon objectif en écrivant ces récits de fiction est de tenter d’examiner les questions apocalyptiques et de poser la question suivante à ma propre génération : « Sommes-nous éveillés ? » ; et une autre tout aussi importante : « Serons-nous spirituellement préparés, si notre époque était celle annoncée par les prophètes et par Jésus lui-même ? »« 

La conférence de 2005 a été suivie d’une série de questions / réponses, qui ont été traduites par Pierre et les loups.

 

 

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