Dieu quand il châtie, c’est pour le bien de ses enfants, autrement dit en tant que père, mais le meilleur des pères !

J’ai toujours été surpris par la remarque récurrente que font les chrétiens aux musulmans. Celle de leur dire que, parmi les 99 noms d’Allah[1], il manque celui de l’amour. Alors qu’un chrétien, un tant soit peu averti et perspicace, devrait relever, en premier lieu, que les musulmans ne donnent pas à Allah le nom de Père !

Car le vrai scandale, pour les musulmans et, sans doute, faudrait-il l’étendre à tous les non-chrétiens, c’est que Dieu soit Père…parce que, selon eux, un père ne peut être qu’un géniteur dans une relation de mâle à femelle. Mais c’est particulièrement vrai dans l’islam.

Ce qui m’amène à dire que le texte du Coran crie littéralement cette absence ! La paternité de Dieu est niée. Elle est rejetée comme une idée païenne ; Dieu ne peut pas être Père des hommes : « Et ils ont dit : “Allah s’est donné un fils” ! Gloire à Lui ! Non ! » (C. 2 :116). En sorte que le personnage de 3isa, prétendument Jésus, est affublé du titre de « fils de Mariam » à dessein, pour détourner de la possibilité qu’il soit nommé « Fils d’Allah ».

Faut-il rappeler que les chrétiens arabophones ont dû inventer, quand ils durent, à partir du 9ème siècle, exprimer leur liturgie en arabe, le terme de Père, et celui de Fils pour formuler le concept de la Trinité chrétienne ? En arabe, comme dans quasiment toutes les langues sémitiques, on ne peut pas dire « le père », ou « le fils » ; c’est toujours avec l’adjectif possessif correspondant, soit mon-père, ton-fils, son-père, etc.

De fait ce n’est pas que Dieu ait un Fils qui est le plus scandaleux, Il en a des milliers de milliers, entre les anges et les hommes, en tant que leur Créateur ! L’Ancien Testament dans trois passages fameux le déclare ; en Gn 6 :2, en Dt 14 :1 et en Ps 82 :6. Il est vrai que le substantif fils est le plus souvent accompagné d’un adjectif au pluriel. Mais même cette possibilité est réfutée par le Coran dans un passage célèbre (5 :18) : « Les Juifs et les Chrétiens ont dit : “Nous sommes les fils d’Allah et Ses préférés.” Dis : “Pourquoi donc vous châtie-t-Il pour vos péchés ? ” En fait, vous êtes des êtres humains d’entre ceux qu’Il a créés. Il pardonne à qui Il veut et Il châtie qui Il veut. »

Il se peut que d’avoir été musulman m’a aidé à me rendre compte de l’importance de cette affirmation de Dieu, de sa revendication, voire de son droit à être LE Père des hommes. Il se peut que ce soit grâce ou à cause de la situation familiale. Je n’ai pas été orphelin, comme mon propre père, mais je ne l’avais vraiment connu qu’à l’âge de onze ans, en arrivant en 1961 à l’aéroport d’Orly. Du reste l’hôtesse française, à qui j’avais été confié, l’avait humilié en vérifiant son identité avant de me remettre à lui ; un comble pour un membre du F.L.N. ! J’avais donc vécu quelques années sans présence paternelle et j’avais eu le temps de me tromper sur son compte en l’idéalisant.

Je me souviens que quand j’ai entendu à la radio, quelques mois après mon arrivée à Paris, que pour les chrétiens Dieu est Père, j’ai été fasciné et attiré par cette notion, qui changeait toute ma perception de Lui. D’autant que je Lui reprochais, jusque-là, d’avoir toléré les injustices que commettaient tant d’hommes !

 

Croire en Jésus-Christ, quand on vient de l’islam, libère et bouleverse. Son message et ses promesses ouvrent sur l’éternité. La vie prend tout son sens, la mort est vaincue et le bonheur est à notre portée. Jésus disait « que le Royaume est proche ». Vaine est ma foi si je ne crois pas qu’il reviendra dans la gloire, avant ou après, peu importe, que je serai retourné à la poussière. La foi se déploie et grandit, telle le grain de sénevé, et il ne faut pas craindre de demander comme les apôtres : « fais grandir en nous la foi ! [2]»

Notre Dieu est le Dieu de la vie, pas des châtiments ni de la mort. Et quand on l’aime on épie jour et nuit les signes de sa venue, car on a acquis la conviction que le monde ne peut pas tourner rond tant qu’il n’en prendra pas la direction.

Revenons aux paroles de Jésus sur le Père. Telle cette affirmation qu’il fait à Marie-Madeleine sur Celui qui est « mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu ». Il lui donne pour consigne de la partager avec les apôtres, ses frères, dans l’évangile de st Jean après la résurrection.

Nous avons là deux des trois caractéristiques du disciple, ou du chrétien authentique : être frère de Jésus, et le prendre comme exemple durant sa vie, Dieu aidant ; ensuite, avec le même Père que Lui, devenir un fils de Dieu accompli.

Remarquons, justement dans cet évangile de st Jean, que le Seigneur se déclare UN avec le Père et qu’il fait tout avec lui : « Mon Père agit jusqu’à présent ; moi aussi, j’agis. » (Jn 5 :17) et précise même au verset 19 : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu’il voit faire au Père ; et tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement. »

En tant que frères du Christ, nous avons à réaliser les mêmes œuvres que lui, et tendre à faire comme Dieu : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » Bien entendu on sera toujours loin du compte, très loin…! Ce n’est pas rien d’être frère de Jésus, comme on peut le constater dans l’évangile, car il s’agit de marcher sur ses traces ; c’est pourquoi Il nous invite à une relation filiale avec « notre Père céleste. »

La grande œuvre du Christ, en tant que Fils éternel, celle pour laquelle Il était nécessaire qu’il s’incarnât, est la Rédemption ; mais la grande Révélation qu’il nous dévoile c’est que Dieu est Père, notre Père ! On ne peut pas être chrétien sans avoir Dieu pour Père.

Il ne vient pas seulement nous sauver pour nous réconcilier avec Dieu, selon la formule de st Paul : « soyez réconciliés avec Dieu ! » Mais aussi pour faire de nous ses frères, des enfants du Père par le Fils ; ce qui se réalise en nous par la vertu du Saint-Esprit, dans la mesure où nous sommes dociles à son action, comme l’a été la très sainte Vierge Marie.

J’introduis ici une parenthèse : devenir enfant pour entrer dans le Royaume, n’est-ce pas accepter Marie comme mère ? Et n’est-ce pas la réponse à la question de Nicodème à Jésus : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître ? » (St Jean 3 :4). Il serait intéressant de pouvoir développer cette troisième caractéristique du chrétien qui est, selon moi, de recevoir l’Esprit-Saint comme Marie l’a reçu, en devenant son temple.

Remarquons enfin la raison d’être de notre prière : « Notre Père qui es aux cieux » ; chaque fois que nous disons cette prière nous proclamons que nous sommes ‘fils de Dieu’ ou, pour atténuer la force de cette qualité inimaginable, ‘fils du Père’.

C’est également la raison d’être de notre vie : « Et n’appelez personne sur la terre votre père ; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. » (St Mat. 23 :9)

En effet Dieu seul a les qualités infinies de la paternité et dans l’évangile Il nous aiguillonne et nous en donne la preuve :

« Quel est parmi vous le père qui donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain ? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent […] Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint Esprit à ceux qui le lui demandent. »

Oui c’est réellement la raison d’être de notre existence, notre but ultime ne peut être que de chercher et d’aller vers ce Père inconnu, auquel cependant notre âme aspire sachant inconsciemment que notre bonheur dépend de lui, ainsi que le constate saint Augustin, « Tu nous as faits pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi. » Et le Logos le sait bien qui nous assure : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Je vais vous préparer une place…Nul ne vient au Père que par moi. »

 

Et nous y voilà !

Le titre de cet article parle de fessée non sans raison. Pourquoi ?

Parce que si, pour un adulte, une fessée est une partie de rigolade, superfétatoire, il n’en est pas de même pour un enfant de cinq ans ou six ans ; à cet âge-là quand il en reçoit une, pour la première fois, c’est un déluge de feu, un châtiment inoubliable ! Mais heureusement c’est son père qui la lui inflige et, s’il l’est vraiment, il ne manquera pas de le consoler et de lui expliquer, dans les minutes qui suivent, pour quelle raison il la lui a fait subir.

Et quel père n’a pas corrigé son enfant, s’il l’a mérité, quelque soit le milieu et l’époque, la notre mise à part[3] ? Mais un bon père de famille le fait à bon escient, avec justesse et amour, selon le conseil de st Paul : « Pères, n’irritez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent. » Or ceux qui agissent ainsi sont déjà une denrée rare, mais d’agir tel le père prodigue de la parabole, en rencontre-t-on beaucoup ?

Dieu, en tant que Père, plein de sollicitude, ne donne de correction que pour le salut éternel, évidemment. Et Il prévient toujours : « Voici, que je vous ai prévenus[4]. »

À l’inverse, comme on l’a relevé, l’auteur du Coran veut enfoncer, profondément, dans la tête de ceux qui le lisent et le considèrent comme la parole divine, l’idée qu’Allah n’est pas tendre. Quand Il inflige une punition, c’est toujours un châtiment[5]. Mais soyons honnêtes le mot « châtiment » dans le Coran, présent 409 fois, n’a pas le même sens que dans l’Ancien Testament dans lequel on le retrouve à peu près 60 fois ; avec parfois le concept de bonheur (Job) : Heureux l’homme que Dieu châtie ! Ne méprise pas la correction du Tout Puissant.

Et dans le Nouveau Testament, présent moins de 20 fois, nous avons la même chose : Supportez le châtiment : c’est comme des fils que Dieu vous traite ; car quel est le fils qu’un père ne châtie pas ? (épitre aux Hébreux). Quand l’idée de terrible châtiment est indiquée, 4 fois environ, elle renvoie à la peine éternelle.

On voit bien que dans l’économie de salut que le Seigneur instaure, un changement exceptionnel se produit dans la loi qui se résume à « aimer Dieu et son prochain comme soi-même ». Ayant satisfait à la justice divine par son sacrifice rédempteur sur la croix, aucune menace de châtiment n’est proférée par le Christ, si ce n’est pour le temps final qui précède le Jugement dernier, encore qu’il s’agisse plutôt d’une tribulation ultime. Jésus avait déclaré : « Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné » (Mat. 12:31).

Cependant le péché est radicalement rejeté par le Christ : Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi…car il est avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. »

En effet Jésus-Christ n’est pas venu pour nous sauver du mal passager, temporel, qui peut nous causer une maladie menant à la mort ; cette mort est un passage, nous n’en sommes pas délivrés tant que le second avènement du Christ ne s’est pas produit. Saint Paul l’a définitivement établi et, par la foi, nous y adhérons : « J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. » (Rom 8 :18)

Si donc une catastrophe, une épidémie ou une quelconque plaie d’Égypte s’en vient nous rappeler, fort justement, que nous sommes d’abord et avant tout des êtres mortels, nous, chrétiens, ne devons pas cesser de croire et de proclamer que Dieu nous destine à l’immortalité de l’état angélique ! Voilà ce qu’il ne faut pas remiser, dans les oubliettes de notre mémoire, et ce qui distingue le projet christique de celui de toute autre religion, de tout autre messianisme, ou de toute autre idéologie matérialiste.

Néanmoins, comme Jésus n’est pas venu pour abolir la Loi, il n’abolit pas non plus la nature avec ses lois et ses conséquences : la gravitation universelle, le temps, la nuit, la chaleur, le froid, la faim, la soif, les maladies et les virus, etc. Mais peut-être que la pire de toutes est le mal issu du péché originel, dont l’humanité toute entière souffre. Certes le Christ nous dit qu’il a vaincu, mais le mystère d’iniquité sévit toujours, jusqu’à ce que, selon la prédiction de st Paul (2 Th 2:8) : « …le Seigneur Jésus [le] détruira par le souffle de sa bouche, et qu’il anéantira par l’éclat de son avènement. ».

 

Nous savons ainsi, dés le commencement, que Dieu mettra un terme au mal : « Malheur à la terre et à la mer ! Car le diable est descendu vers vous, animé d’une grande colère, sachant qu’il a peu de temps. » (Ap. 12 :40)

Le plan divin a pour but de mener l’humanité devant son Créateur : Et toute chair verra le salut de Dieu.

Mais Jésus a prévenu ses disciples qu’ils passeront, dans les derniers temps, par une tribulation extrême. L’Église catholique, dans son catéchisme, reprend cette annonce de la période eschatologique (art. 675 et suivants) :

« Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre dévoilera le ” mystère d’iniquité ” sous la forme d’une imposture religieuse … celle de l’Antichrist, … Alors seront mis en lumière la conduite de chacun…Le Christ est Seigneur de la vie éternelle…Il a ” acquis ” ce droit [de juger les vivants et les morts] par sa Croix. »

Ainsi donc, bien que Dieu nous considère comme ses enfants et que, selon l’expression du Christ, le disciple doit devenir, dans son rapport à Dieu, un enfant[6] pour entrer dans son Royaume, les actes comme les paroles de tout homme l’engagent sérieusement devant le souverain Juge.

Ce n’est pas dans l’être de Dieu, qui est le meilleur des pères, de souhaiter punir et faire passer en jugement ses enfants, ni de les envoyer en Enfer, car Il veut que tous les hommes soient sauvés, dit la Bible. Mais, puisque ces derniers subissent ou font subir l’injustice à leurs frères, en vertu de leur libre-arbitre, comment Dieu peut-il ne pas rendre justice ? Comment les chrétiens persécutés, par millions à travers l’histoire, ne mériteraient pas que justice leur soit rendue ? Comment les millions d’innocents non-nés ou d’enfants massacrés, à peine nés, comme les saints Innocents, laisseraient-ils Dieu indifférent à leur sort ? Sans parler des millions de femmes violentées, de vieillards humiliés, de peuples décimés ou emmenés en esclavage…bref la liste est longue de ceux qui réclament justice au Père des cieux.

Saint Jean le rapporte dans l’Apocalypse (6 :10) : « Ils crièrent d’une voix forte, en disant : Jusques à quand, Maître saint et véritable, tarde-tu à juger, et à tirer vengeance de notre sang sur les habitants de la terre ? » Et ceci depuis le premier fratricide (Gn. 4 :10) : « La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi, » dit Dieu à Caïn.

Le dernier des prophètes, saint Jean-Baptiste, a prévenu les hommes de son temps, mais nous aussi, que le jour de la colère viendra : « Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? » (St Mat. 3 :7)

La colère de Dieu représente ici sa justice et sa rétribution. Mais elle n’aura lieu qu’une fois pour toute. Jésus n’a pas dit que, une fois monté au Ciel, il passerait son temps à punir, à envoyer ou à menacer de châtiments les hommes. Il attend le repentir du pécheur dont il ne veut pas la mort éternelle. Et il veut également que nous soyons prêts pour le jour de son retour en gloire, et que nous scrutions les signes annonciateurs de son second avènement : « Quand ces choses commenceront à arriver, redressez-vous et levez vos têtes, parce que votre délivrance approche. »

 

Moh-Christophe Bilek

 

[1] Par exemple ici : https://islamhouse.com/fr/articles/559431/

[2] St luc 17 :5

[3] Le 10/07/2019 la France a promulgué la loi interdisant « les violences physiques ou psychologiques », dont la fessée, infligées aux enfants. Plus de 50 pays dans le monde l’avaient proscrit.

[4] St Mat 24 :25

[5] …ils sauront que la force tout entière est à Allah et qu’Allah est dur en châtiment ! (2 :165)

 

[6] Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. (St Mat. 18 :3)