L’acceptante par excellence est bien la fille de Sion, Marie mère du Messie, Jésus le Christ. Son adhésion à la demande de Dieu est totale, unique dans l’histoire biblique. Elle seule dit d’elle-même : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles : Saint est son nom ! » (1)

a)   Acceptation et prophétie : J’ai écrit ailleurs que l’étonnante « prophétie » de Marie sur elle-même, « Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles » est incroyable et unique. Nous n’avons rien de comparable dans toute la Bible. Aucun prophète, aucun apôtre, nul auteur ou personnage ne s’applique une telle destinée à l’avance. Ni Noé, ni Abraham, ni Moïse, ni David ou Salomon, ni Elie, ne se sont élevés à une tette proximité avec Dieu. Je ne sais si, parmi les docteurs et les saints, quelqu’un a relevé une telle déclaration, frisant la prétention. En sorte que cette prophétie de Marie sur elle-même embrasse tous les siècles, à partir de son « FIAT », de son QIBL (2), équivalent à la faveur qu’eût Moïse de recevoir la Thora sur la montagne, en tête-à-tête avec Dieu.

Le QBL (acceptation) précède le FIAT (qu’il me soit FAIT selon). Ensuite Marie part aussi à la montagne (le haut pays) pour rendre visite à sa cousine Elisabeth. Nous avons ainsi dans l’évangile de st Luc, un évènement qui n’a pas été abordé, à ma connaissance, ni étudié suffisamment, celui de la rencontre de deux prophétismes, dont nous allons parler.

b)  Les prophétismes : le prophétisme biblique n’a de sens que par rapport au Messie. Il est annoncé comme la réalisation ultime de la promesse de Dieu pour Israël. La venue du Messie est elle-même précédée par celle d’un précurseur qui « rétablira toute chose« . Le prophète Malachie (3:23) indique son nom, Elie, et Jésus dira que Jean-Baptiste en est l’équivalent spirituel. Nous avons donc là une conjonction entre la fin (la réalisation) du prophétisme vétérotestamentaire, avec Elisabeth et Jean-Baptiste ; et un nouveau prophétisme qui démarre avec Jésus et sa mère.

Or la jeune fille adolescente à qui Gabriel vient annoncer son élection comme « mère du Messie », se rend chez la mère du futur « Précurseur », qui sera également le dernier prophète vétérotestamentaire, nous enseigne le Christ (Mat. 11:13): « En effet, tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean ». La rencontre de Marie et d’Elisabeth enceinte de Jean-Baptiste se fait sous la bénédiction du Saint-Esprit. Qui fait parler la plus âgée d’abord : « Or, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie du Saint Esprit. Alors elle poussa un grand cri et dit : “Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein et béni ! Et comment m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur !” (Lc 1, 39-45) Aux paroles desquelles répondront celles du Magnificat de Marie, ce chant à la gloire du Très-Haut comportant trois parties.

  1. – D’abord une prophétie pour elle-même, « Dieu, mon Sauveur, … a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse…parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses.» Ce qui est unique, dans l’histoire des prophètes, puisqu’aucun d’entre eux n’a jamais prophétisé sur lui-même, jusqu’à se projeter dans les siècles : toutes les générations me diront bienheureuse ! Et elle qui est la mère du Sauveur, le déclare son Sauveur, donc comme étant la première bénéficiaire de l’œuvre de son Fils, la Rédemption : elle est la première disciple, la première à croire en Lui, la première à le glorifier, la première à s’abandonner à Lui, à laquelle, Lui-même, bébé puis enfant, s’abandonnera et obéira avant d’en faire la Mère de tous ses disciples. Marie est première en tout, et nous devance vraiment comme étant notre mère dans la foi. Relevons cependant que, dans ces prédictions sur elle-même, il faut distinguer, en ce 21ème siècle, entre celles qui se sont réalisées – toutes les générations me diront bienheureuse – et celles qui ne le sont pas encore, dans la mesure où Marie les annonce comme différentes des premières : « le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses« . Quelles sont-elles, évidemment nous ne pouvons pas le dire puisqu’elles ne sont pas réalisées. Nous savons seulement par Marie elle-même qu’elles sont grandes.
  2. – Une prophétie à caractère universelle, et à venir : « Il a déployé la force de son bras ; Il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses. Il a renversé les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles. Il a rassasié de biens les affamés, et il a renvoyé les riches à vide. » Prophétie qui, comme la suivante, la place dans la tradition prophétique d’Israël. La vraie justice, la vraie fraternité, soit dit en passant, ne seront pas l’oeuvre d’une quelconque idéologie, d’aucun messianisme révolutionnaire ou millénarisme prometteur-menteur de bonheur universel sur terre. Les trois derniers siècles écoulés en ont apporté la démonstration. En particulier le 20ème. Elles seront uniquement l’oeuvre de Dieu et de Son Elu. Le 21ème siècle le prouvera à l’humanité entière.
  3. – Une prophétie pour son peuple, également non advenue : « Il a secouru Israël, son serviteur, et il s’est souvenu de sa miséricorde, – Comme il l’avait dit à nos pères, – Envers Abraham et sa postérité pour toujours. » Comme nous pouvons le constater chaque jour, ces deux dernières prophéties sont également en attente puisque, selon la formule de Paul, dans son épitre aux Romains, chapitre 8, versets:19 à 22, : « Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. […] Or, nous savons que, jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. » La vraie écologie existera donc avec les fils de Dieu, et non avec les fils de Darwin, Marx et Nietzsche, ceci dit encore en passant. Ce qu’il faut remarquer enfin c’est l’expression de st Paul, les « douleurs de l’enfantement » que nous retrouvons dans l’Apocalypse au chapitre 12:2, à propos de la femme qui apparait dans le ciel :  « Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. »

c)  Marie est-elle prophète ? Les prophètes de l’Ancien Testament, jusqu’à Jean le Baptiste, avaient trois attributs : discerner, le message divin, mais aussi l’élection dont ils sont l’objet de la part de l’Eternel Dieu, pour réaliser la mission qu’Il leur confie. Délivrer ce message à tout prix, en dépit d’éventuelles souffrances et oppositions. Et, enfin, prévenir ou alerter sur les dérives qui éloignent de la Loi donnée par Dieu à Moïse et qui font encourir la colère à venir, selon la formule de Jean le Baptiste aux juifs de son temps :  « qui vous a appris à fuir la colère à venir ? » Est-ce que Marie cochent ces cases, comme on dit ? Ces trois attributs Marie les a possédés à la perfection : elle a su poser la seule question qui compte à l’ange Gabriel pour s’assurer du bienfondé de sa mission – et quelle mission ! Elle a accepté sans broncher « l’épée qui lui transpercerait l’âme » prédite par le pieu et juste Siméon ; et elle n’a de cesse d’avertir et d’enseigner son peuple par des recommandations et des avertissements dont la charge la Très Sainte Trinité lors des multiples apparitions depuis plus de cinq siècles.

Cependant le prophète vétérotestamentaire se contente de transmettre et, quand il y a une prophétie pour l’avenir, telle la venue du Messie, il n’ajoute rien au message qui vient de Dieu, comme l’indique Jean-Baptiste : « Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là m’a dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint Esprit. » Ce Jean-Baptiste dont Jésus dit, comme je le signalais plus haut : « Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean ; et, si vous voulez le comprendre, c’est lui qui est l’Élie qui devait venir. » Nous y sommes, Elie est, justement, le meilleur représentant des prophètes bibliques, pourquoi ? Parce qu’il est l’un des deux personnages de l’Ancien Testament, avec Énoch, à avoir fait l’objet d’un enlèvement au ciel. Si bien que dans le livre de Malachie (3 :23) l’Eternel annonça : « Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, Avant que le jour de l’Éternel arrive, Ce jour grand et redoutable. » Cette tradition (3) de l’enlèvement et du retour sur terre d’Elie, avant la venue du Messie, sont le fondement de l’eschatologie juive.

Or nous croyons, en tant que catholiques, que Marie a été enlevée au Ciel. La seule a avoir eu ce privilège inouï. Et en tant que chrétiens catholiques nous pouvons oser poser la question :  ne serait-ce pas Marie, qui serait ainsi le précurseur de Jésus, avant son retour glorieux ? Marie, en tant qu’unique prophétesse biblique, du christianisme bien sûr, ne serait elle pas investie de cette mission, à la fin des temps, réalisant ainsi les grandes choses dont nous avons parlé plus haut ? N’est-ce pas ce qu’a voulu dire à sa façon saint Louis-Marie Grignion de Monfort, dans le passage de son œuvre, le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, qui y admire Dieu gérant le temps de l’Histoire, et se comportant en économe avisé par rapport à ce qu’Il nous donne à travers sa Mère :

« C’est par la très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde pour la première fois et c’est aussi par elle qu’il y doit venir pour la seconde… Elle a été cachée dans le premier avènement par une économie admirable afin que son fils Jésus en fût plus connu mais elle sera révélée dans le second afin que le règne de son fils,[…] arrive sur la terre ».

Je suis en total accord avec le saint : je suis frappé par exemple du fait que les protestants n’aient pas mieux étudié, à la lumière de l’Écriture, le Magnificat, la plus belle et la plus élogieuse des prophéties faite par Marie sur elle-même !

Quant à l’auteur du Coran, en créant son personnage de la Mariam, mère de 3isa, il a voulu gommer la future participation de la sainte Vierge au second avènement de Jésus Christ. Il  concerne tous les hommes, y compris les musulmans, qui représentent la partie non-fidèle de l’Humanité, dans les trois symboles de la femme de l’Apocalypse : la lune, sous les pieds de la femme, représente ceux qui ne sont pas inclus dans l’Alliance. Le vêtement de soleil représentant les croyants de la Nouvelle Alliance et la couronne de douze étoiles ceux de l’ancienne Alliance.

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(1) Le texte complet du Magnificat :

Mon âme exalte le Seigneur, Exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles : Saint est son nom !
Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël, son serviteur ; il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race, à jamais.
{Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, Maintenant et à jamais, dans les siècles des siècles. Amen.}

(2) Kabbale : Le mot « kabbale » [QBL] (de l’hébreu קבלה Qabbala ) signifie « réception » au sens le plus général, le terme est parfois interprété comme « tradition ». Comme Moïse a reçu et a accepté la Thora, le kabbaliste est donc celui qui a reçu (de l’hébreu קיבל Qibel) la tradition. Comme on le voit il y a trois étapes : la réception, l’acceptation et la transmission. On ne garde pas pour soi ce qu’on a reçu ; il faut au moins le transmettre à sa descendance.

(3) Cette tradition a inspiré les musulmans « judéo-nazaréens » qui l’ont adaptée en fonction des shiites et des sunnites, donnant lieu à la venue, prétendent-ils, du Mahdi (guide) ou de l’imam caché (le 12ème)…précédant dans les deux cas la venue du Messie 3isa.