La question est récurrente (voir le fil ou discussion et aussi) et nous profitons d’un nouveau message sur ce sujet pour l’aborder de manière plus succincte.       

Il y a longtemps, en effet, que nous voulions traiter cette question. Néanmoins elle est trop vaste et notre réponse ne saurait être exhaustive. Cependant étant donné qu’elle est substantielle, et pour un confort de lecture, nous allons la publier en page d’accueil. Pour la question se référer à la rubrique « Messages et questions » envoyée par « Pompier »…

Remarquons, au passage, que ceux qui rattachent la nationalité et la culture à une foi religieuse exclusive, ou, inversement, la foi religieuse et la culture à une nationalité, font toujours peu de cas de la culture – et de la langue qui la constitue. Or c’est justement dans une culture et une langue données que se forme une conscience nationale, et que se reçoit une foi religieuse. Il suffit d’examiner l’exemple du peuple hébreu : il n’est pas « vierge » de culture et de langue lorsqu’il reçoit la Loi au Sinaï et il s’est formé, déjà, en Egypte avec des pratiques culturelles transmises par les générations depuis Abraham ; c’est même parce qu’il se distinguait des Egyptiens par sa culture, qu’il va subir les foudres de Pharaon …

Survolons maintenant notre histoire, dont vous parlez sommairement, et écartons d’emblée le 21ème siècle, qui vient de naître : il appartient à Dieu ; ainsi que nous aimons définir l’avenir, à Notre-Dame de Kabylie ; car en effet, à l’instar d’Augustin, notre ancêtre dans la foi, nous reconnaissons que le futur ne nous appartient pas. De sorte que nous ne pouvons parler que du passé, le présent étant lui-même insaisissable : reportons-nous encore au même Augustin dans « les Confessions » au livre XI.

Alors qu’en est-il du passé ? A quelle époque le débuterons-nous, pour parler de « cette histoire des Berbères qu’il faut assumer sans complexe », selon vos dires ?

– Au Yennayer de l’an 750 avant JC, institué, dit-on, quand Chéchonq 1er est devenu le premier pharaon Libyen?

– À Massinissa ou à Jugurtha (pénétration puis installation des Romains) ?

– Aux Juba (1er siècle de notre ère) ou à la mort d’Augustin (arrivée des Vandales) ?

– À Koceila ou à la Kahina (arrivée des premières troupes musulmanes) ?

– Aux premiers royaumes berbères (et arrivée des Beni Hilal) ?

– Aux royaumes kabyles de Kouko et de Beni Abbas (arrivée des Turcs) ?

– À la reddition du Dey d’Alger en 1830 (l’arrivée des Français) ou à celle d’Abdel Kader en 1847 ?

– Peut-être à la conquête de la Kabylie en 1854 ou à l’insurrection d’El-Mokrani en 1871?

Si l’on veut considérer, avec impartialité, ces périodes historiques, on ne trouvera aucune trace des états actuels du Maghreb, ni du point de vue géographique, ni du point de vue des populations. Et pour cause : en toute vérité il faut rendre à César ce qui est à César, c’est aux Français que nous devons les frontières qui séparent les pays d’Afrique du Nord.

Le sort des « nationalités » actuelles est donc une référence peu fiable pour votre hypothétique identité, qui existe toutefois et qui est séculaire : rappelez-vous les paroles de M. Ferhat Abbas qui a interrogé les « cimetières » sur l’Algérie…

Qu’en est-il maintenant de la référence à la religion ?

Mettons de côté le Christianisme, disparu chez nous au cours des 12/13ème siècles, bien que réapparue au 19ème. Que faites-vous du Judaïsme d’Afrique du Nord, dont l’ancienneté remonte, au moins, à l’installation des Romains, puisque Augustin a eu des « disputations » avec ses représentants ? Ces Juifs d’Algérie, du Maroc et de Tunisie (où se trouve l’une des plus anciennes synagogues au monde), étant aussi autochtones, sinon plus, que les Arabes musulmans arrivés « seulement » en 690 (pour la première génération), qu’en faites-vous ? Eux-mêmes se définissent, en tant que Séfarades, en relation, entre autres régions, à l’Afrique du Nord, puisqu’ils y ont vécu, culturellement et religieusement, malgré de grandes difficultés, jusqu’au 20ème siècle. Ils y survivent encore, en petit nombre il est vrai, aujourd’hui encore. Qui a le droit de les exclure du monde berbère, parce qu’ils sont de religion juive ?

Et quelle place faire à tous ceux qu’on déclare « musulmans » mais qui se définissent autrement : communistes, athées ou agnostiques ?

Et que faites-vous de ces millions d’ancêtres qui n’ont jamais été musulmans, ni de près ni de loin, à qui, cependant, nous devons cet « héritage », comme vous dites, que nous appelons la culture berbère, dont la langue est la partie fondamentale ?

Pour nous chrétiens Kabyles, avant d’entrer « en religion », nous donnons d’abord notre accord à Dieu, en Jésus Christ : c’est une réponse personnelle, individuelle et libre. En l’acceptant nous nous reconnaissons pécheurs ; nous entrons alors dans l’Eglise, en devenant ses membres. Si bien que l’Eglise est dite le corps du Christ, qui en est la tête. Et c’est en tant que membres de cette Eglise, à la fois visible et invisible (avec tous ceux qui ont terminé leur pèlerinage sur terre), que nous participons à la construction du Royaume de Dieu. Non pas en prenant les armes contre les non chrétiens, mais pour ainsi dire contre nous-mêmes (nos mauvais penchants) puisque nous devenons progressivement, par notre nouvelle naissance dans le baptême, des frères et des sœurs de Jésus Christ.

Quelle que soit la société dans laquelle nous vivons, et à laquelle nous contribuons par notre travail, nous ne nous méprenons pas : elle ne sera pas une société idéale. La société idéale nous l’attendons, c’est celle qui adviendra avec le retour du Christ.

Quant à faire du Berbère un musulman à tout prix c’est une négation de l’histoire, une insulte à sa liberté de choisir. C’est l’enfermer dans une religion, dominé qui plus est par la culture et la langue arabe, sous le joug desquelles il devrait vivre en disant « HAMDULLAH » ; et la disparition de son identité, du coup, n’est plus qu’une question de temps !

Du fait que l’Islam n’est pas né en Tamazgha, soit les Imazighen l’ont librement choisi, et dans ce cas il n’y a pas à s’inquiéter pour lui, soit il leur a été imposé, et dans ce cas ils ont raison de vouloir s’en libérer.

Finalement nous y sommes : se définit Berbère, ou Amazigh ou Kabyle, c’est essentiellement en référence à la culture portant le même nom, et, logiquement, à sa langue vernaculaire. Cela n’a jamais été une référence à la religion.

Si bien qu’un Mozabite parle le mozabite, le Chleuh parle chleuh, le Chaouïa parle chaouïa et le Kabyle connaît et parle le kabyle. De même qu’un Français est reconnu à sa langue, tout comme l’Italien ou le Polonais. Aucune nationalité n’est définie en lien avec une religion, sauf peut-être l’Israélite.

Par contre, et c’est la preuve de leur artificialité, il n’existe pas de langue algérienne, marocaine ou tunisienne : nous sommes « obligés » d’ajouter qu’ils sont berbérophones ou arabophones.

Dans cet univers « arabo-musulman », il y a un malentendu au départ : on parle de « nationalités » mais exclusivement « arabes », en les appelant Algérienne, Marocaine ou Tunisienne, pour justifier en fait les pouvoirs en place ; car les vrais Arabes, tout le monde le sait, sont en Arabie Saoudite. Si nous sommes tous Arabes déclarons une seule nationalité et un seul Etat, et qu’on en finisse avec ces « sous-ensembles » !

Pour être juste et réaliste il faudrait dire que l’Algérie, comme le Maroc, sont, de fait, des fédérations de peuples ou de nationalités. Ainsi pour prendre le cas de l’Algérie, il y a le peuple kabyle, le peuple mozabite, le peuple chaouïa, le peuple touareg et le peuple le plus nombreux qui se dit arabe. C’est l’administration française qui a généralisé le terme « arabe » à toutes ces populations, comme elle a créé le terme « Algérie » pour le pays.

Auparavant on englobait les Arabes actuels dans d’autres génériques : Maures, Barbaresques, Numides, et Sarrasins. Quant à l’état turc avant 1830, en lutte permanente avec une grande partie de la Kabylie (autre nom inventé par la même administration), il englobait à peine toute la région algéroise: c’est pour cela qu’on le nommait « la régence d’Alger ».

Pourquoi ce serait choquant de reconnaître toute cette histoire, avec toutes ses réalités ? L’Algérie est une mosaïque de nationalités comme la Suisse qui possède les groupes germanophone, francophone et italophone. Ce n’est pas une question d’ethnies mais de cultures et de langues. Cela n’empêche pas les gens de vivre ensemble, et de constituer, le cas échéant, et d’un commun accord, un état fédéral pour mieux se défendre et s’organiser, pour exploiter et partager les richesses du pays.

Revenons à la Kabylie dont le nom, comme celui d’Algérie, n’apparaît qu’au 19ème siècle (et dans sa 2ème moitié) ; nous l’avons déjà écrit ici, c’est Mammeri qui a le mieux défini la Kabylité, et ceci en relation avec la pratique traditionnelle, encore vivante heureusement :

[En conclusion] « TAQBAYLIT est un idéal…elle consiste surtout en la pratique d’un code…À l’intérieur même de la société kabyle, la caste des marabouts ne s’y sent pas astreinte. » CQFD !

Il donne en note 38 : « TAQBAYLIT est le féminin de l’adjectif qui signifie « kabyle » et veut donc dire littéralement ‘LA VOIE Kabyle’. »

C’est bien pour cela que les vieux Kabyles disent encore : YESSEN TAQBAYLIT.(littéralement : « il sait la kabyle »)

À propos, vous, qui vous dites « Pompier », parlez-vous pompier ou kabyle ?

Tout ceci pour vous faire remarquer que vous confondez entre la CITE de DIEU et la CITE des HOMMES, l’une étant spirituelle et à venir (Dieu sera ENFIN avec les hommes), l’autre étant temporelle et temporaire (les hommes sont PROVISOIREMENT sans Dieu, en pèlerinage sur la terre). Vous êtes excusable car elle est commune à beaucoup de personnes, cette confusion.

D’autant plus qu’en islam on se refuse à distinguer entre la communauté religieuse (Oumma), régie par la loi coranique, prétendument divine, et la société humaine, comprenant plusieurs peuples ou nationalités, ayant des confessions différentes qu’on cherche à réduire et à marginaliser.

Nos Etats modernes se prétendent capables de gérer et d’organiser ce type de sociétés, multi ethniques, multiconfessionnelles, etc. Y réussissent-ils pour autant ? Nous en doutons. Le gouvernement, ou pouvoir politique, n’étant plus guère tribal chez nous, il est soit monarchique, soit républicain. Reconnaissons que la République est une notion et un cadre importés d’Occident, où nous pouvons y trouver des exemples plus ou moins réussis : la Suisse et la Belgique, le Canada et les Etats-Unis…

Referons-nous enfin à saint Augustin qui définit bien dans la Cité de Dieu : « L’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fait la cité terrestre. L’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fait la cité céleste. »

En somme Augustin développe l’idée que le chrétien, s’il tend de tout son être à la cité de Dieu, peut malgré tout vivre dans la cité terrestre, toujours imparfaite et forcément transitoire.

Ce défi qui nous est lancé par les sociétés humaines actuelles, de plus en plus en décalage avec notre foi religieuse, ce qui n’était pas le cas chez les Berbères de l’Antiquité à nos jours, requiert l’une ou l’autre de ces deux attitudes : soit nous nous en accommodons, soit nous les accommodons.

– L’accommodement a ses dangers, car il peut aboutir à l’individualisme, au relativisme et à l’indifférentisme, ce que nous constatons dans les sociétés occidentales : l’Etat fixe les règles indépendamment des lois naturelles, pour ne pas dire divines, qu’il en vient à nier et à dénaturer, sous l’influence de lobbies, sociétés secrètes et autres minorités agissantes. Ce qui peut exaspérer les croyants et les inciter à agir contre les recommandations évangéliques.

– Le non accommodement a été la pratique la plus courante dans l’histoire de l’humanité et ses dangers sont connus : nazisme et fascisme, maoïsme et marxisme, pour les plus récents ; ainsi que toutes les formes de nationalismes exacerbés. Et depuis 30 ans, last but not least, la montée d’un islamisme qui veut s’imposer comme la nouvelle et ultime idéologie…

Les chrétiens, dans leur ensemble, et non pas en considérant seulement ceux d’Occident, se sont adaptés aux sociétés qui parfois les ont persécutés. Et ceci dés les débuts du Christianisme : rappelons-nous les nombreux martyrs qui ont abreuvé de leur sang la terre d’Afrique pendant 3 siècles. Hélas on peut le relever, aujourd’hui encore, en bien des pays, le Christianisme continue d’être persécuté. En dépit de cette adversité il s’est maintenu et développé.

Est-ce le cas pour l’Islam ? L’histoire de notre pays montre qu’il ne peut pas supporter un milieu hostile, ou simplement indifférent : partout où il s’installe, le pouvoir est revendiqué pour son compte, son autonomie imposée, par suite de la non séparation, qui lui est intrinsèque, du politique et du religieux.

C’est que les buts ne sont pas les mêmes :

– Si le Christ annonce bien la venue prochaine du Royaume de Dieu, Son Royaume, Il ne nous a pas confié sa réalisation. Bien plus Il nous demande d’aimer tout homme comme un frère, comme son prochain : « ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse, ne le faites pas aux autres. » Le chrétien vit dans l’espérance de la venue du Christ et du Royaume de Dieu, tout en pratiquant les commandements d’amour laissés par Lui, et en proclamant la Bonne Nouvelle du Salut et du pardon des péchés.

– Au contraire de l’Islam et de Mohammed qui se sont donné pour tâche de réaliser la soumission de tous les hommes à Allah. En pratiquant aussi les commandements dictés dans le Coran, dont le Djihad, le combat contre les mécréants et autres idolâtres. La récompense n’est pas la vie avec Dieu, au Paradis, mais une vie de plaisirs charnels.

En conclusion, bien que nous réprouvons une société qui nie Dieu, bien qu’il soit héroïque de vivre au milieu des gens qui nous persécutent, nous les supportons, même quand elles gouvernent nos pays, en priant pour elles et en les respectant au nom de Jésus Christ ; car en espérant son retour, nous sommes dans l’attente d’un gouvernement juste et véritable qu’Il est seul à pouvoir établir !

Alléluia, alléluia, viens Seigneur Jésus !